Quelle politique de sécurité pour Vaulx-en-Velin?

Vendredi 8 juin 2018.

Lors du conseil municipal de ce mercredi 6 juin, devant les évènements actuels, nous avons débattu sécurité.

Vous trouverez ci-dessous le texte de mon intervention.

"Malheureusement la ville de Vaulx-en-Velin fait encore ces derniers jours la Une de l’actualité. Après des incendies récurrents depuis de nombreux mois, elle vit depuis quelques semaines des affrontements entre gangs rivaux, l’attaque du poste de police municipal suite à une communication municipale d’armement de ces derniers, et d’autres tirs dont cet après-midi encore sur une entreprise à la Grappinière.

Nous savons la situation difficile depuis le milieu des années 80 et cela ne fait qu’empirer. La ville, au-delà de ses statistiques défavorables sur le logement, la pauvreté, le chômage est aussi un territoire de non droit. Les habitants le disent et ne cessent de le répéter. Et c’est visible tous les jours. Il ne s’agit pas, seulement, du non-respect de la loi sur l’interdiction d’usage de stupéfiants, dont la responsabilité revient à l’Etat mais surtout pour les vaudais du non-respect de la loi du quotidien sur beaucoup de sujets de tous les jours qu’on appelle les incivilités : rodéos en voiture, en deux roues, le non-respect du code de la route (feux rouges…, même les bus…), le non-respect de la législation sur l’urbanisme avec des constructions sauvages de clôtures, d’extensions, des fermetures de balcons… qui ne sont pas repris, le non-respect des règles à l’école (la présence, les dates de départ et retour de vacances…). Les dealers de drogue, fortement présents, sont passés au dialogue armé, mais plus seulement eux…

Madame la maire a donc annoncé à grand renfort de communication tout ce qu’elle faisait pour la sécurité : mobilisation du préfet de région, des moyens via une compagnie départementale d’intervention, une brigade de CRS jusqu’à la fin de l’année scolaire depuis le 28 Mai. On les sait déjà  sollicités à longueur de journée !

Elle a rappelé en outre le discours du président de la République du 22 Mai qui « s’engageait à déployer un plan de mobilisation générale de lutte contre les trafics en tout genre… » et a précisé qu’elle a écrit au ministre de l’intérieur pour lui demander notamment la police de sécurité du quotidien. Elle a annoncé en outre le renforcement de sa police municipale, en l’armant et élargissant ses plages horaires en nuit. Ce dernier point déchaina alors dans les jours qui suivirent cette communication un accès de violence qui se termina par le caillassage du tout nouveau poste de police municipale.

Bien évidemment, nous ne pouvons que nous féliciter de la mise en place pendant quelques semaines de moyens policiers supplémentaires et nous les remercions pour leur implication pour assurer notre sécurité. Quant aux mesures volontaristes sur la police municipale, notre groupe APVV l’avait proposée dans notre programme en 2014; nous avions demandé de les mettre en place dès le départ, avec un recrutement de 40 policiers municipaux, qui pourraient faire ce travail de police de proximité, de dialogue, de connaissance fine du terrain, et travailler sur des solutions qui ne sont pas que la répression. Nous avions aussi demandé de créer un CLSPD (Conseil Local de la Sécurité et de Prévention de la Délinquance), outil essentiel de coordination, de connaissance et d’actions adéquates entre services sociaux, la justice, la police, la médiation… Il a en effet été crée en 2015, mais il n’a jamais vraiment fonctionné.

Sur le fond, pourquoi en sommes-nous encore là ? Après plus de 20 ans d’ expérimentation de la politique de la ville, dont Madame la maire a d’ailleurs été Secrétaire d’état, il faut juste tirer les enseignements de 25 ans de politique de cette politique : c’est un échec, et c’est un échec parce que les politiques locales ont transformé l’outil ANRU non pas en un moyen de transformer le quartier, ramener de la mixité sociale, mais en manne financière pour financer des équipements publics comme à Vaulx avec le planétarium, un centre aquatique (abandonné par la majorité actuelle mais le transformant en médiathèque, … ), des bâtiments moins haut, mais sans faire évoluer les choses du côté des habitants. Il est là l’échec. Nous l’avons même étendu à toute la ville en relogeant des tours entières dans des bâtiments entiers sur les autres quartiers de la ville, comme au village, à la soie, ou à Chénier…semant d’autres foyers de tension, d’installation de dealers, et toujours sans régler les problèmes. Notre chef d’état dans son discours du 22 Mai a d’ailleurs plusieurs fois souligné le problème du clientélisme des élus locaux. Donc, pas de plan banlieue pour ce dernier mais des mesures applicables partout, a-t-il annoncé en préambule des annonces qu’il fera en Juillet. Les banlieues ne sont pas des territoires spécifiques de la France.

Vaulx est une ville comme les autres, martèle Mme la maire.  Pourtant, elle est la première à quémander une PSQ, à demander plus de moyens.

La ville va donc mettre 20 policiers municipaux en place avant la fin de l’année, alors qu’elle en a 6 pour l’instant, mais cette police de proximité que nous devons mettre en place, il faut qu’elle puisse être appuyée par des médiateurs, des éducateurs, des acteurs publics ou associatifs qui se coordonnent. Or, la ville n’a plus de service jeunesse, des éducateurs qui ne sont plus sur le terrain, et a même sous-traité ce service à Léo Lagrange. Elle recrute aujourd’hui non pas un directeur de la jeunesse et un directeur des sports mais un directeur des sports  et de la jeunesse.

Les associations ont aussi leur rôle à jouer. Ainsi la Mission Locale qui malheureusement n’attire pas les jeunes. Elle voit ainsi une baisse de fréquentation (2969 en 2017 au lieu de 3136 en 2016) attirant ainsi l’inquiétude de la région et de l’Etat. Elle a depuis 2 ans un contrat d’objectifs, peu de jeunes ayant accédé à la formation (179 jeunes alors que l’objectif était de 285 jeunes)… Il faut dépoussiérer notre Mission Locale et lui donner plus de visibilité !

Coté associations structurantes, nous avons les les centres sociaux, où là encore, la situation est critique ; valse des directeurs dans les trois centres, les mettant en péril, ne leur permettant pas d’ouvrir au-delà de 18h et peu d'actions de transformation de fond menées. Il faut là aussi se poser les bonnes questions et résoudre les problèmes : créer peut-être une seule structure qui gère l’administratif, et fonctionner avec des antennes, allégeant ainsi le travail des directeurs. L’école de la deuxième Chance, aussi présente sur le territoire souffre d’une mauvaise image que personne ne cherche à corriger.

Côté initiative, il y a aussi le futur Campus du Mas. Un peu seule au début, quand je l'ai imaginé en voulant implanter un campus du numérique, école de codage, ou robotique j'ai ensuite été soutenue par Madame la Maire qui a validé l’idée de campus mais pour y faire des formations complémentaires à l’ENTPE. Mais est ce que cela va parler à nos jeunes ? Xavier Niel et son école du numérique n’aurait-elle pas, elle attiré plus de nos jeunes et eut plus de sens dans notre ville ?

Et puis, heureusement, il y a aussi des initivatives privées, associatives, qui créent des emplois, lancent une dynamique.

En conclusion, Le président de la république a raison de préciser qu’il ne faut pas d’un nieme plan Banlieue qui ne fait que stigmatiser les villes. A chaque élu de montrer sa volonté d’en sortir. Bien sûr qu’il faut mettre en place les outils pour éradiquer le trafic de drogue dans les quartiers, mettre des classes de CP et CE1 dédoublé, mais il faut surtout être plus incisifs sur les dispositifs existants :

* Dans les écoles : pas d’inclusion scolaire si pas d’auxiliaire de vie scolaire.

* Accompagner les structures qui vont permettre aux jeunes chômeurs, sans formation ni savoir-être d’acquérir les bases, les codes et les réinsérer. (E2C, EPIDE, Garantie Jeune …),

* Il faut redonner de la valeur au travail, responsabiliser les habitants en arrêtant le clientélisme où tout est gratuit,

* Imposer dans le programme ANRU que la mixité sociale soit respectée par quartier, et faire attention de ne pas reloger des allées entières sur un même lieu,

* Etre ferme pour tout ce qui est petite incivilité, être très réactif, par des rappels à l’ordre, et même des travaux d’intérêt général, et utilité le CLSPD comme un vrai moyen d'action pas seulement un vecteur de communication,

* Renforcer les dispositifs qui font du lien, comme les centres sociaux, la MJC ou la Mission Locale et mettre en place les outils qui évitent le clientélisme

* Et bien sûr que les élus soient exemplaires.

"Servir et ne pas se servir". Tel était notre mot d’ordre lors de la campagne APVV de 2014 et il est toujours d’actualité.

Christine BERTIN

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